Parmi les sorties de septembre, deux autres albums prennent eux aussi appui sur l’Histoire.
«Le Pavé Originel» raconte avec...
«Je suis fasciné par la mer, les rivages et l’atmosphère que l’on y rencontre», dit Séra. En prenant le large...
«Clandestine» est d’une tout autre veine: un dessin enfantin signé Marc-Renier et un récit autobiographique de Virginie...
Les secrets de famille sont une source d’inspiration inépuisable pour la littérature. La bande dessinée n’y échappe...
Crédit photo : Majid Bouzzit
C’est un bel album, déjà reconnu par la critique et sélectionné par le festival de la BD de Blois. Dessiné par Simon-Pierre Mbumbo sur un scénario de son ami Edimo, «Malamine» (• repro CL) raconte la galère et les tiraillements d’un jeune Africain diplômé à Paris. Loin des clichés. Nourri, au contraire, par le vécu des deux auteurs camerounais, qui jettent un regard lucide, grave et sans angélisme, aussi fouillé que le trait de crayon du dessinateur.
C’est aussi une belle histoire. Celle de l’amitié entre un jeune Africain passionné de BD, 22 ans à l’époque, et Yves Poinot, l’ancien président du festival d’Angoulême. Elle est née en 1998 à Libreville au Gabon. L’Angoumoisin avait été invité aux journées africaines de la BD. Simon-Pierre Mbumbo, qui avait lancé un fanzine à Douala, représentait le Cameroun. «On a discuté un peu. J’ai trouvé qu’il avait un petit bout de talent et qu’il était très motivé», raconte Yves Poinot, qui a immédiatement pris le jeune auteur sous son aile.

Une expérience mitigée à l’Ecole de l’image
Simon-Pierre Mbumbo a commencé par un stage à l’Ecole de l’image d’Angoulême. Après avoir passé des sélections, il a été admis à intégrer le cursus. Administrativement, ce n’était pas simple. On lui demandait notamment un chèque de 45.000F: «J’ai un peu tiqué. J’ai envoyé toutes les garanties que je pouvais et ça a marché», raconte Yves Poinot, qui a accueilli le jeune étudiant en BD chez lui. «C’est un peu mon père adoptif», raconte le protégé. «Je suis son père blanc», sourit son mentor.
Au bout de deux ans, l’aventure au sein de l’Ecole de l’image a tourné court. Aujourd’hui, Simon-Pierre Mbumbo n’a pas envie de remuer le passé. «Cette expérience n’a pas été inutile. Elle m’a permis de chercher mon propre style, plus personnel que la ligne claire que je pratiquais au début», raconte celui qui signait à l’époque une série dans un magazine du groupe Bayard-Presse.
Le jeune auteur s’est accroché. Malgré ce premier échec, malgré de gros pépins de santé. Parti à Paris après un petit crochet par l’atelier Sanzot, il a fait un temps l’agent de sécurité dans un supermarché. Mais il n’a jamais jeté le crayon.
Avec des amis, il a créé une association d’auteurs intéressés par l’Afrique. Ensemble, ils ont réalisé des albums collectifs. l y a trois ans, avec son copain Edimo, ils se sont lancés. «Quand Christophe m’a parlé du sujet qu’il envisageait, je lui ai dit qu’il fallait y aller.» Le bouquin de 120 pages est sorti en août. Simon-Pierre Mbumbo, qui vit désormais à Orléans, est assez fier de venir le présenter à Angoulême: «Je m’étais dit que je ne reviendrai ici qu’avec un album dans les mains», glisse-t-il. Après une séance de dédicaces demain (1), il sera sur le stand de son éditeur au prochain festival d’Angoulême, en janvier. «Mais cet album n’est qu’un début. J’ai encore du chemin à faire avant de devenir un auteur reconnu», précise-t-il, modeste malgré l’excellent accueil de «Malamine». Simon-Pierre Mbumbo a encore plein d’histoires d’Afrique à raconter: «On travaille sur un projet avec la Françafrique comme thème», dévoile-t-il. Comme «Malamine», il y a de fortes chances que Simon-Pierre Mbumbo dédie celui-là aussi à la famille Poinot.

«Malamine, un Africain à Paris», d’Edimo et Mbumbo,
éd. les Enfants Rouges. 15€.
